Comprendre le principe des comorbidités
Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) sont des troubles du neurodéveloppement.
Ils apparaissent dès l’enfance, influencent de nombreux aspects du fonctionnement — attention, émotions, relations sociales, organisation, sensorialité — et peuvent persister à l’âge adulte, parfois sous des formes plus discrètes ou largement compensées.
Lorsqu’une personne présente un TSA ou un TDAH, il est fréquent que d’autres troubles ou difficultés soient également présents. On parle alors de comorbidités.
Une comorbidité correspond à un trouble qui coexiste avec un autre, sans que l’un n’annule ou ne remplace l’autre.
Dans la pratique, cela signifie qu’il est possible :
- d’avoir un TSA ou un TDAH et un ou plusieurs autres troubles,
- d’avoir à la fois un TSA et un TDAH,
- ou d’avoir un trouble déjà diagnostiqué, sans que cela exclue la présence d’un trouble du neurodéveloppement sous-jacent.
Beaucoup de personnes vivent ainsi avec un diagnostic d’anxiété, de dépression ou de troubles du sommeil sans que cela explique pleinement leurs difficultés. Dans certains cas, ces troubles coexistent avec un TSA et/ou un TDAH non identifié, ce qui peut éclairer différemment le vécu et les besoins d’adaptation.
Réalité du diagnostic : quand les comorbidités masquent le TSA ou le TDAH
Dans de nombreux parcours, ce sont les troubles les plus visibles — anxiété, dépression, troubles du sommeil, difficultés émotionnelles — qui sont identifiés en premier. Ils sont souvent au premier plan, invalidants, et bien connus des professionnels.
Lorsque les intervenants ne sont pas spécifiquement formés aux troubles du neurodéveloppement chez l’adulte, le TSA ou le TDAH peut alors ne pas être repéré. La comorbidité devient l’explication centrale, parfois unique, des difficultés rencontrées.
Or, le fait qu’un trouble soit déjà diagnostiqué n’exclut absolument pas la présence d’un TSA ou d’un TDAH. Les deux peuvent coexister, interagir, ou s’influencer mutuellement.
Il est également important de distinguer plusieurs situations possibles. Certains troubles peuvent être une conséquence du TSA ou du TDAH, apparaissant après des années de surcharge, d’incompréhension ou d’efforts d’adaptation. D’autres peuvent être présents en parallèle, sans lien de causalité directe, ou encore exister de façon indépendante tout en interagissant avec le fonctionnement neurodéveloppemental.
Cette distinction est essentielle pour comprendre ce qui relève de chaque difficulté et éviter des prises en charge partielles ou inadaptées.
TSA et TDAH chez une même personne : une association fréquente
Pendant longtemps, le TSA et le TDAH ont été considérés comme incompatibles sur le plan diagnostique. Cette conception a évolué, et il est aujourd’hui reconnu qu’une même personne peut présenter les deux troubles.
Les données actuelles montrent qu’environ 30 à 70 % des personnes avec un TSA présentent également un TDAH, et qu’environ 20 à 50 % des personnes avec un TDAH présentent un TSA ou des traits autistiques cliniquement significatifs. Cette association est donc fréquente et loin d’être exceptionnelle.
Sur le plan clinique, ces profils peuvent être complexes. Une personne peut avoir besoin de routines, de prévisibilité et de cadres clairs, tout en présentant une grande distractibilité ou une impulsivité marquée. Elle peut être capable d’hyperfocalisation intense sur certains centres d’intérêt, tout en ayant de grandes difficultés à initier ou maintenir des tâches perçues comme peu stimulantes.
Lorsque l’un des deux troubles n’est pas identifié, une partie importante du fonctionnement peut rester incomprise, avec un sentiment persistant de décalage ou d’incohérence.
Autres troubles fréquemment associés au TSA et/ou au TDAH
Aperçu des principales comorbidités
Les troubles présentés ci-dessous sont ceux qui sont le plus fréquemment associés au TSA et au TDAH dans la littérature scientifique et dans la pratique clinique.
Les pourcentages indiqués correspondent à des ordres de grandeur, susceptibles de varier selon les études, les critères diagnostiques et les populations évaluées. Ils ont été indiqué dans le tableau ci-dessous uniquement à titre informatif pour permettre d’avoir une idée globale de la fréquence de ces comorbidités.

Au-delà des chiffres : manifestations et retentissement
Les troubles anxieux concernent une proportion importante de personnes avec un TSA ou un TDAH. Ils se manifestent souvent par des ruminations constantes, une anticipation excessive, une peur de l’erreur ou du jugement, ou une tension interne permanente. Cette anxiété est fréquemment liée à la surcharge sensorielle, aux difficultés sociales, à l’imprévisibilité ou à l’effort constant d’adaptation, et peut entraîner une fatigue importante ainsi qu’un évitement de certaines situations.
Les troubles dépressifs sont également fréquents. Ils apparaissent souvent de manière secondaire, après des années d’incompréhension, d’échecs répétés ou de sentiment de décalage. La perte d’énergie, la baisse de motivation et le découragement sont alors moins le signe d’un manque de volonté que le résultat d’un épuisement émotionnel prolongé.
Les troubles du sommeil sont très répandus chez les personnes TSA et TDAH. Ils peuvent inclure des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes, un sommeil léger ou non réparateur, ou encore un décalage du rythme veille-sommeil. Ces troubles aggravent les difficultés attentionnelles, émotionnelles et la fatigue globale, renforçant parfois le cercle vicieux des difficultés quotidiennes.
Les troubles des apprentissages, tels que la dyslexie, la dyspraxie ou la dyscalculie, sont également plus fréquents. À l’âge adulte, ils peuvent persister sous des formes moins visibles mais coûteuses sur le plan cognitif, avec une lenteur, une désorganisation ou une perte de confiance en soi, notamment dans les contextes professionnels ou universitaires.
Les hypersensibilités sensorielles, très fréquentes dans le TSA et également présentes chez de nombreuses personnes avec un TDAH, peuvent concerner les sons, la lumière, les odeurs, les textures ou les contacts physiques. Leur impact est souvent sous-estimé, alors qu’elles contribuent fortement à la fatigue, à l’irritabilité et à l’évitement de certains environnements.
Enfin, les difficultés de régulation émotionnelle sont très courantes. Elles peuvent se traduire par des émotions intenses, des variations rapides de l’humeur ou des réactions perçues comme disproportionnées. Ces manifestations sont parfois mal interprétées, alors qu’elles relèvent le plus souvent de particularités neuropsychologiques et de la surcharge chronique.
Incompréhensions fréquentes
Les difficultés rencontrées sont souvent interprétées comme relevant uniquement de l’anxiété ou du stress. Or, ces éléments peuvent être des conséquences ou des facteurs aggravants, sans expliquer à eux seuls un fonctionnement neurodéveloppemental.
Il est également fréquent que la multiplicité des diagnostics soit perçue comme excessive. Cette impression reflète surtout une méconnaissance des comorbidités et de la complexité des profils TSA et TDAH, plutôt qu’une réalité clinique anormale.
Certaines personnes entendent qu’elles ne peuvent pas être concernées par un TSA ou un TDAH puisqu’elles vont mieux aujourd’hui. Une amélioration fonctionnelle est pourtant souvent liée à une meilleure compréhension de soi, à des stratégies adaptées ou à un environnement plus favorable, et non à la disparition du trouble.
Enfin, les difficultés d’organisation, d’initiation ou de maintien de l’effort sont encore fréquemment interprétées comme un manque de motivation. Dans de nombreux cas, elles relèvent en réalité de difficultés des fonctions exécutives.
En conclusion
Les comorbidités dans le TSA et le TDAH sont fréquentes, attendues et non accidentelles.
Avoir un trouble anxieux, dépressif ou du sommeil n’exclut absolument pas la présence d’un trouble du neurodéveloppement.
Si vous vous interrogez sur un possible TSA et/ou TDAH, notamment lorsque certaines difficultés persistent malgré une prise en charge déjà en place, il peut être pertinent d’explorer cette piste dans un cadre spécialisé.
Vous pouvez me contacter par mail pour toute question ou pour une demande de prise de rendez-vous.
