Comprendre le fonctionnement social dans le trouble du spectre de l’autisme
Les relations sociales peuvent être source de décalage, de fatigue ou d’incompréhension chez les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Ces difficultés ne sont pas liées à un manque d’intérêt pour les autres, ni à un défaut d’empathie, mais à un fonctionnement cognitif et sensoriel spécifique, qui influence la manière de percevoir, d’analyser et de traiter les situations sociales.
Mettre des mots sur ce fonctionnement permet souvent de mieux comprendre ses expériences relationnelles, de réduire la culpabilité, et de sortir de l’idée que les difficultés sociales seraient dues à un manque d’efforts ou de compétences.
Forces sociales fréquemment observées
Le TSA ne se résume pas à des difficultés. De nombreuses personnes autistes présentent des forces relationnelles importantes, qui peuvent constituer de véritables ressources dans les relations.
On retrouve notamment :
- une communication honnête et directe, souvent appréciée pour sa clarté ;
- une grande fiabilité et un respect des engagements ;
- une loyauté marquée dans les relations ;
- un attachement aux relations sincères et authentiques ;
- une préférence pour les échanges profonds plutôt que superficiels ;
- une aisance particulière dans les relations en tête-à-tête ;
- une constance relationnelle et une stabilité dans les liens.
Ces caractéristiques sont souvent très valorisées dans les relations de confiance, même si elles sont parfois moins visibles dans les interactions sociales superficielles.
Difficultés sociales fréquemment rencontrées
Certaines difficultés sont fréquentes et peuvent générer de la fatigue ou un sentiment de décalage.
Il s’agit notamment :
- de difficultés à lire le langage non verbal (expressions faciales, posture, regard, ton de la voix) ;
- d’une compréhension limitée de l’implicite, de l’ironie ou du sarcasme ;
- de difficultés à gérer le tour de parole ou le rythme des échanges ;
- d’un inconfort face au small talk, souvent perçu comme vide de sens ;
- d’un risque de sur-partage ou, au contraire, de retrait excessif ;
- d’une difficulté à savoir quand une conversation commence ou se termine ;
- d’une fatigue importante après les interactions sociales.
Pour faire face à ces difficultés, beaucoup de personnes développent des stratégies de masking, consistant à ajuster volontairement leur comportement (forcer le regard, surveiller ses gestes, contrôler son discours). Si ces stratégies peuvent faciliter certaines situations, elles sont aussi coûteuses sur le plan émotionnel et énergétique.
Le traitement de l’information sociale dans le TSA
Chez les personnes avec un TSA, le traitement de l’information sociale repose fréquemment sur une approche analytique et détaillée. L’attention est souvent portée sur les mots exacts utilisés, la cohérence logique d’un propos, ou certains éléments précis de l’environnement (un changement de ton, une contradiction, un détail factuel).
À l’inverse, dans la communication dite neurotypique, l’interprétation repose davantage sur une perception globale de la situation : le ton de la voix, les expressions du visage ou la posture corporelle peuvent parfois être plus déterminants que le contenu verbal. Ce décalage peut conduire à des malentendus, chacun s’appuyant sur des indices différents pour comprendre l’échange.
Le langage est également souvent compris de manière plus littérale. Les sous-entendus, l’ironie, le sarcasme ou les demandes indirectes nécessitent d’inférer une intention qui n’est pas explicitement formulée. Cela peut expliquer certaines incompréhensions ou une communication perçue comme trop directe, alors qu’elle repose avant tout sur une recherche de clarté.
Par ailleurs, le traitement de l’information sociale peut demander plus de temps. Il est fréquent d’avoir besoin d’un délai pour analyser ce qui se passe, comprendre ce qui est attendu ou formuler une réponse. Dans des échanges rapides, ce temps de traitement peut être interprété à tort comme un manque de réactivité, alors qu’il reflète un traitement approfondi.
Enfin, de nombreuses personnes autistes présentent une bonne capacité de reconnaissance de schémas. Lorsqu’un fonctionnement social est compris et structuré, il peut être reproduit de manière fiable. Les difficultés apparaissent surtout lorsque les règles sont implicites, changeantes ou dépendantes du contexte.
La surcharge sensorielle en contexte social
Les situations sociales ne sollicitent pas uniquement les compétences relationnelles. Elles exposent souvent à une forte stimulation sensorielle, qui peut rapidement devenir envahissante.
Sources fréquentes de surcharge
Dans les contextes sociaux, la surcharge sensorielle peut être liée, par exemple, à :
- plusieurs conversations simultanées, comme dans un repas de groupe ou un open space ;
- une musique de fond ou un bruit ambiant constant, dans un bar, un restaurant ou un lieu public ;
- un éclairage intense, fluorescent ou clignotant ;
- des odeurs fortes (parfum, nourriture, produits ménagers) ;
- le contact physique ou la promiscuité, notamment dans les lieux bondés ;
- la fatigue, la faim ou le manque de sommeil, qui réduisent les capacités de régulation.
Effets possibles
Lorsque la stimulation devient trop importante, la surcharge sensorielle peut entraîner :
- une baisse des capacités de concentration et de compréhension ;
- une irritabilité accrue ou une tension interne ;
- une difficulté à décoder les signaux sociaux ou à suivre une conversation ;
- un besoin urgent de s’isoler ou de quitter la situation ;
- des états de shutdown, de repli ou d’épuisement après coup.
Ces réactions ne sont pas excessives : elles correspondent à une tentative de protection face à une sollicitation trop intense du système sensoriel.
Les règles implicites des conversations
Les conversations sociales reposent sur des règles rarement explicitées : comment engager un échange, montrer de l’intérêt, changer de sujet ou y mettre fin. Ces règles sont souvent intégrées de manière intuitive chez les personnes neurotypiques.
Lorsqu’on est autiste, ces règles peuvent rester floues ou paraître arbitraires, renforçant l’impression de ne pas disposer des codes attendus, malgré une réelle volonté de bien faire.
Small talk et adaptation sociale
Le small talk est fréquemment vécu comme peu pertinent ou artificiel par les personnes avec un TSA. Son objectif n’est pourtant pas l’échange d’informations approfondies, mais la création d’un minimum de lien social, par exemple pour signaler une disponibilité relationnelle ou éviter un silence jugé inconfortable.
Ne pas maîtriser ces codes peut renforcer le recours au masking et augmenter la fatigue sociale. Comprendre la fonction du small talk permet déjà de mieux saisir pourquoi il est si présent dans les interactions quotidiennes, même lorsqu’il reste peu satisfaisant sur le plan personnel.
Conclusion
Les difficultés sociales rencontrées dans le trouble du spectre de l’autisme s’expliquent par un fonctionnement cognitif et sensoriel spécifique, et non par un manque de compétences ou d’efforts. Mettre des mots sur ces mécanismes permet souvent de mieux comprendre son vécu, de réduire la culpabilité, et de légitimer des besoins longtemps minimisés.
Dans le cadre d’un accompagnement psychologique, il est possible de prendre le temps de comprendre son fonctionnement social, d’identifier ce qui pose difficulté dans les interactions, et de réfléchir ensemble à des ajustements plus respectueux de soi, que ce soit dans la vie personnelle, professionnelle ou sociale.
Si vous souhaitez être accompagné dans cette démarche, vous pouvez me contacter par mail afin de formuler une demande de rendez-vous ou de suivi, et nous verrons ensemble ce qui peut être le plus adapté à votre situation.